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Playlikeagirl : transformer une moquerie en confiance, sport et STEM

Océane Delmare 9 min de lecture

Playlikeagirl désigne un mouvement né pour transformer une expression longtemps utilisée comme une moquerie en message d’assurance. Son idée centrale est simple : aider les filles à gagner en confiance grâce au sport, puis prolonger cette dynamique vers d’autres domaines où elles restent sous-représentées, notamment les STEM, c’est-à-dire les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.

Au-delà du slogan, Play Like a Girl s’appuie sur des programmes concrets : mentorat, camps d’été, ateliers sport-STEM, événements inclusifs et soutien aux coachs. L’objectif est d’offrir des modèles, des compétences et un cadre où les filles peuvent essayer, progresser et prendre leur place.

Un mouvement né pour retourner un cliché contre lui-même

L’expression anglaise play like a girl, littéralement « jouer comme une fille », a souvent servi à rabaisser une performance sportive. Play Like a Girl inverse ce sens. Jouer comme une fille devient alors une façon d’assumer son engagement, sa discipline et son ambition. Ce renversement compte, car les mots influencent la manière dont les jeunes se voient et se jugent.

Une origine portée par Dr Kimberly Clay

Le mouvement a été lancé en 2004 par Dr Kimberly Clay. Sa démarche répond à un constat simple : beaucoup de filles décrochent du sport au moment du collège, à l’âge où la confiance en soi, l’image du corps et le regard des autres prennent plus de place. Play Like a Girl intervient à ce moment-là, avant que l’abandon ne devienne une habitude.

La force du projet tient à son approche hybride. Il ne s’agit pas seulement d’un programme sportif, ni d’un dispositif scolaire classique. Le sport sert de point d’entrée vers le leadership, la persévérance et la découverte de filières scientifiques ou techniques. Une fille qui apprend à prendre sa place sur un terrain peut aussi apprendre à prendre la parole dans un atelier, à poser une question en sciences ou à envisager un métier qu’elle n’avait pas envisagé jusque-là.

Pourquoi le sport est un levier si puissant

Le sport crée des situations très concrètes : gagner, perdre, recommencer, coopérer, écouter une consigne, gérer la pression. Pour des adolescentes, ces expériences pèsent souvent plus qu’un discours abstrait sur la confiance. Elles donnent une preuve vécue : je suis capable. C’est cette preuve que Playlikeagirl cherche à renforcer, surtout chez les filles qui manquent de modèles féminins visibles dans leur entourage sportif ou scientifique.

Sport et STEM : le lien qui fait la différence

L’un des points les plus distinctifs de Play Like a Girl est l’association entre sport et STEM. À première vue, ces deux univers semblent éloignés. En pratique, ils mobilisent des compétences proches : observation, stratégie, mesure, résolution de problème, analyse de la performance et travail d’équipe.

Play Like a Girl : Mentorat et carrières scientifiques pour les jeunes filles · Cette organisation à but non lucratif encourage les collégiennes à s’orienter vers les carrières scientifiques grâce au sport et au mentorat.

Des ateliers pour rendre les sciences moins intimidantes

Les ateliers sport-STEM permettent d’aborder les sciences par l’action. Une course peut introduire la notion de vitesse, un lancer peut ouvrir une discussion sur la trajectoire, un entraînement collectif peut servir à parler de données, de biomécanique ou de technologie appliquée au sport. Cette approche réduit la distance entre les filles et des disciplines souvent perçues comme froides, masculines ou réservées aux « meilleures élèves ».

Le bénéfice pédagogique est clair : au lieu de présenter les STEM comme un bloc théorique, Play Like a Girl les relie à des expériences corporelles, sociales et ludiques. Les participantes comprennent que la science n’est pas seulement dans les manuels. Elle peut aussi expliquer ce qu’elles vivent sur le terrain. Ce changement de regard peut suffire à faire naître une curiosité durable.

Le passage entre le terrain et la classe

On peut voir Playlikeagirl comme un passage entre deux espaces souvent séparés : le terrain d’un côté, la classe de l’autre. Sans ce lien, les expériences restent compartimentées. D’un côté, l’effort physique. De l’autre, la réussite intellectuelle. Le programme crée au contraire une continuité. Il aide les filles à transférer des compétences d’un environnement à l’autre, et à voir que leur énergie peut servir partout.

Cette continuité compte, car l’empowerment fonctionne mieux lorsqu’il s’inscrit dans le quotidien. Une fille qui ose demander une précision pendant un atelier scientifique agit souvent avec la même assurance que lorsqu’elle prend une initiative dans un match. Le projet soutient précisément ce transfert.

Les dispositifs concrets : mentorat, camps et événements inclusifs

Play Like a Girl agit à travers plusieurs formats complémentaires. Chacun répond à un besoin différent : découvrir, être accompagnée, appartenir à un groupe, rencontrer des modèles ou apprendre à encadrer autrement.

Dispositif Objectif principal Bénéfice pour les filles
Camps d’été Proposer une immersion sportive et éducative Essayer, coopérer, développer la confiance
Mentorat Mettre les participantes en lien avec des modèles Se projeter dans des parcours possibles
Ateliers sport-STEM Relier mouvement, sciences et technologie Rendre les STEM plus accessibles
Événements inclusifs Créer une communauté visible et encourageante Se sentir légitime et soutenue
Soutien aux coachs Favoriser des pratiques d’encadrement plus égalitaires Évoluer dans un cadre plus bienveillant

Le mentorat comme réponse au manque de modèles

Le mentorat occupe une place centrale, car il répond à une question souvent silencieuse chez les adolescentes : Est-ce que quelqu’un comme moi peut réussir ici ? Rencontrer une femme engagée dans le sport, les sciences, l’ingénierie ou la technologie change la représentation du possible. La mentore ne remplace pas le coach ou le professeur. Elle apporte un autre miroir, plus proche du parcours personnel, des hésitations et des choix de vie.

Ce type d’accompagnement aide aussi à déconstruire les biais genrés. Une fille peut entendre qu’elle a le droit d’être compétitive, curieuse, technique, ambitieuse, ou de se tromper sans que cela confirme un stéréotype. Ce sont des messages simples, mais répétés dans un cadre sécurisant, ils deviennent structurants.

Des coachs mieux outillés pour retenir les filles

Le soutien aux coachs est un élément moins visible, mais important. Un programme peut motiver les participantes pendant quelques jours. L’environnement quotidien, lui, décide souvent si elles restent. Former ou sensibiliser les adultes à l’inclusion, au langage utilisé, à la répartition de la parole et aux attentes placées sur les filles permet de réduire les décrochages liés à l’ambiance, aux remarques ou à la sensation de ne pas être à sa place.

Dans cette logique, le rôle des coachs dépasse la seule performance sportive. Ils peuvent créer un cadre plus juste, où les filles prennent des initiatives sans devoir prouver qu’elles méritent leur place à chaque instant. C’est un changement discret, mais utile.

Quels impacts sur la confiance et l’égalité des genres ?

L’impact de Playlikeagirl se voit d’abord dans les changements de posture : des filles qui osent participer, poser des questions, essayer un sport nouveau, parler devant un groupe ou envisager une filière STEM. Ces progrès ne sont pas toujours spectaculaires de l’extérieur, mais ils comptent beaucoup pour celles qui les vivent.

Des résultats soutenus par une dynamique financière

Le mouvement a collecté plus de 200 000 $ pour financer ses initiatives. Ce chiffre donne une indication importante : Play Like a Girl ne repose pas seulement sur une campagne symbolique, mais sur une capacité à mobiliser des ressources pour déployer des actions. Le financement permet d’organiser des camps, de soutenir des ateliers, de créer des événements et de maintenir des programmes de mentorat accessibles à davantage de participantes.

La preuve d’efficacité, dans ce type de démarche, ne tient pas à un seul indicateur. Elle se lit dans l’ensemble des effets observables : maintien de l’intérêt pour le sport, renforcement de l’estime de soi, exposition à des modèles féminins, découverte des STEM et création d’un réseau de soutien. C’est cette accumulation qui rend le programme cohérent.

Des retours qui racontent le déclic

Les retours associés à ce type d’initiative évoquent souvent un même basculement : une participante arrive avec l’idée qu’elle n’est « pas assez sportive », « pas faite pour les sciences » ou « moins légitime que les garçons », puis découvre un cadre où l’erreur n’est pas une honte. Le déclic peut venir d’un match, d’une discussion avec une mentore, d’un atelier réussi ou d’un encouragement formulé au bon moment.

Pour les parents et les éducateurs, ces retours rappellent une chose simple : l’ambition ne naît pas toujours d’une grande révélation. Elle se construit par petites preuves répétées. Un environnement qui valorise l’effort, la coopération et la curiosité peut changer durablement la façon dont une fille se raconte sa propre histoire.

S’inspirer de Playlikeagirl pour agir à son échelle

Tout le monde ne peut pas créer un programme national, mais l’esprit Play Like a Girl peut inspirer des actions très concrètes dans une école, un club, une association ou une famille. Le principe consiste à combiner trois ingrédients : pratique sportive, modèles visibles et ouverture vers des compétences d’avenir.

Pour les parents : encourager la pratique sans réduire le sport à la performance, valoriser l’effort et présenter des modèles féminins variés.

Pour les coachs : surveiller le langage utilisé, répartir les responsabilités dans l’équipe et créer un climat où les filles peuvent prendre des initiatives.

Pour les écoles : relier activités physiques et projets scientifiques, par exemple autour de la mesure, du mouvement ou de la technologie sportive.

Pour les associations : organiser des rencontres avec des sportives, des étudiantes ou des professionnelles des STEM afin de rendre les parcours plus visibles.

Pour les entreprises : soutenir financièrement des programmes, proposer du mentorat ou accueillir des ateliers de découverte des métiers.

Playlikeagirl rappelle finalement que l’égalité ne se décrète pas par des slogans. Elle se construit dans des expériences où les filles se sentent capables, attendues et soutenues. Quand le sport devient un terrain d’apprentissage du leadership et que les STEM cessent d’apparaître comme un territoire réservé, l’expression « jouer comme une fille » change de sens : elle devient une manière d’avancer avec force, curiosité et confiance.

Océane Delmare
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